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    Injection de méthadone dans un contexte canadien

    Contexte

    • Selon la Substance Abuse and Mental Health Services Administration (2012), 669 000 personnes avaient consommé de l’héroïne au cours de l’année précédente aux États-Unis. De plus, le nombre d’utilisateurs d’héroïne avait augmenté chaque année pendant cinq années consécutives.

    • Même si la méthadone est un traitement efficace pour les patients qui souffrent d’un trouble de consommation d’opiacés et de douleurs chroniques, les décès ont continué d’augmenter à cause de l’usage illégal de la méthadone.

    • Les auteurs visaient à étudier les facteurs liés à l’injection de méthadone dans un cadre urbain canadien où l’accès à la méthadone prescrite par les médecins de soins primaires est courant.

    Approche

    Les auteurs ont utilisé deux cohortes prospectives de personnes qui s’injectaient des drogues à Vancouver (Vancouver Injection Drug Users Study (VIDUS), et AIDS Care Cohort).

    Constatations

    • Approximativement 7 % des participants se sont injectés de la méthadone au cours de la période de l’étude. Les auteurs ont noté que ce comportement est lié à la vulnérabilité socio-économique et à d’autres dépendances.

    • L’injection de méthadone n’était pas associée à l’inscription à un programme de méthadone. Il est intéressant de noter que les constatations de cette étude contrastent avec d’autres études qui proposent que l’inscription à un programme de traitement à la méthadone est associée à l’injection de méthadone. À cause de ceci, les auteurs suggèrent que ces personnes peuvent représenter une sous-population de personnes qui s’injectent des drogues « pour lesquelles les services de traitement de la dépendance ne sont pas à leur portée. »

    • Les taux de détournement (transfert de médicaments sur ordonnance légaux d’un patient à une autre personne pour usage illégale) démontrent la nécessité d’instaurer des outils qui améliorent la flexibilité des règles du programme pour les patients à faible risque de détournement, tout en assurant que les patients à risque de vendre leur médication consomment leur médication au moment où elle est fournie.

    • Toutefois, les auteurs notent aussi que les personnes qui s’injectent des drogues pourraient acheter et consommer de la méthadone comme moyen pour réduire leur consommation d’héroïne et traiter par eux-mêmes les symptômes de privation d’opioïdes.

    Conclusion

    L’injection de méthadone est associée à plusieurs autres comportements à risque élevé. À cause de cette situation, l’accès aux traitements de méthadone devrait être optimisé tout en faisant aussi des efforts pour limiter le détournement de la méthadone dans la rue.

    Tucker, D., Milloy, M.J., Hayashi, K., Nguyen, P., Kerr, T. et Wood, K, (2015), Factors Associated with Illicit Methadone Injecting in a Canadian Setting, The American Journal on Addictions, 24:532-537.

  2. Diminution des injections assistées

    Contexte

    • La recherche démontre que les personnes qui obtiennent de l’aide pour s’injecter constituent un sous-groupe de personnes spécialement vulnérables qui s’injectent des drogues.
    • Toutefois, une injection par une autre personne est courante chez les personnes qui s’injectent des drogues. Une étude précédente a noté que 41 % des personnes qui s’injectent des drogues dans une ville canadienne ont rapporté avoir eu des injections assistées au cours des 6 derniers mois.
    • Les personnes qui ont des injections assistées courent un très grand risque d’avoir plusieurs résultats négatifs pour la santé. En général, les personnes qui aident les autres à s’injecter utilisent la même seringue. De plus, il y a une association entre avoir besoin d’aide pour s’injecter et le partage des seringues, ce qui fait que ces personnes sont plus à risque pour les maladies transmises par le sang.
    • L’injection assistée est fortement liée au VIH et au VHC.
    • Une étude canadienne précédente a noté que les personnes qui obtiennent de l’aide pour s’injecter sont doublement à risque de contracter le VIH.
    • Il est plus probable que les femmes qui s’injectent des drogues ont besoin d’aide pour s’injecter si on les compare aux hommes. Même si les raisons de l’aide à l’injection peuvent être sexospécifiques, d’autres raisons pour l’injection assistée incluent le manque de veines viables, la fiabilité aux veines jugulaires, la privation et le manque de connaissance sur la façon de s’injecter.

    Approche

    Les auteurs ont effectué une analyse comparative entre les sexes parmi 1 119 personnes qui s’injectaient des drogues à Vancouver pour évaluer le taux de personnes qui avaient besoin d’aide avec l’injection.

    Constatations

    • Les auteurs ont relevé que les taux d’injections assistées au cours des six derniers mois ont chuté entre 2006 et 2014 tant chez les hommes (21,9 à 13,8 %) que chez les femmes (37,0 à 25,6 %).
    • Toutefois, l’emprunt de seringues est resté positivement associé aux femmes qui obtenaient de l’aide pour s’injecter et au cours des plus récentes années, parmi les hommes.
    • Pour les femmes, l’injection quotidienne d’héroïne, l’anxiété et la privation ont été soulevées comme raisons pour avoir besoin d’aide à s’injecter.
    • Les raisons les plus souvent mentionnées pour l’injection assistée étaient semblables entre les hommes et les femmes. Les raisons incluent : injection de veines jugulaires; mauvaises veines/pas de veine et anxiété et privation.
    • Le nombre d’hommes et de femmes qui ont rapporté ne pas connaître la technique d’injection comme raison pour l’injection assistée a diminué au cours des dernières années.
    • Toutefois, les taux d’injection assistée continuent d’être élevés malgré la diminution démontrée dans cette étude. C’est particulièrement vrai pour les femmes étant donné qu’elles ont des taux plus élevés d’injections assistées en comparaison des hommes.
    • Une constatation troublante est que l’association entre l’injection assistée et l’emprunt de seringue semblent avoir augmenté au cours des dernières années.
    • Tant pour les hommes que pour les femmes, l’injection en public était continuellement liée à l’injection assistée.

    Conclusion

    Les taux d’injections assistées parmi les personnes qui consomment des drogues injectables diminuent. Il est possible que cette situation soit liée à une sensibilisation accrue aux risques liés aux injections assistées à cause de l’accès amélioré à l’information et les interventions sur la réduction des méfaits. Toutefois, il est important de reconnaître que globalement, l’injection assistée demeure élevée, particulièrement chez les femmes.

    Pedersen, J.S., Dong, H., Small, W., Wood, E., Nguyen, P., Kerr, T. et Hayashi, K., (2016), Declining trends in the rates of assisted injecting: a prospective cohort study, Harm Reduction Journal, 13:2.

  3. La naloxone pour le traitement des surdoses d’opioïdes

    Résumé

    • Entre 1999 et 2012, les décès liés aux opioïdes ont plus que triplé passant de 1,4 à 5,1 par 100 000.
    • Les analgésiques opioïdes sont les médicaments sur ordonnance les plus courants liés aux décès par surdose.
    • Une drogue appelée la naloxone peut traiter les surdoses d’opioïdes. L’administration du traitement est facile parce que la naloxone peut être pulvérisée dans le nez d’une personne inconsciente, elle ne nécessite pas d’accès par intraveineuse et réduit les risques liés aux piqûres d’aiguilles.
    • Plusieurs états ont réduit les restrictions de l’usage de la naloxone par les intervenants d’urgence et ont développé des programmes pour la distribution de naloxone aux utilisateurs abusifs d’opioïdes afin de réduire la mortalité liée aux opioïdes. Au moins 188 programmes distribuent de la naloxone à l’heure actuelle partout aux États-Unis.
    • Plus de 10 000 renversements de surdoses d’opioïdes réussis ont été rapportés entre 1996 et 2010 par des programmes de distribution de naloxone. Ceci démontre que la naloxone peut prévenir le décès par surdose lorsqu’elle est administrée par des témoins qui ont une formation limitée.
    • Dans 30 états, des lois amendées facilitent pour les professionnels médicaux de prescrire et de distribuer la naloxone, et aux témoins de l’administrer, en supprimant ou en réduisant la responsabilité si la situation tourne mal.
    • Les lois du bon samaritain permettent aux témoins d’appeler le 911 pour rapporter une surdose sans avoir peur de se faire arrêter (Law Atlas, The Policy Surveillance Portal, 2015).
    • Un programme de prévention communautaire, Project Lazarus, a conclu un partenariat avec des médecins locaux et a fourni de la naloxone comme partie intégrante de leurs soins médicaux de routine tant pour les utilisateurs abusifs d’opioïdes soupçonnés que pour les patients qui souffrent de douleurs et qui étaient à risque élevé de surdose. Le projet a aussi fourni une éducation améliorée pour les médecins prescripteurs. Dans ce programme, les décès liés aux opioïdes ont diminué de 50 % en un an.

    Au cours des deux dernières décennies, les prescriptions d’opioïdes ont augmenté considérablement aux États-Unis. Cette situation est en partie due aux changements importants des lignes directrices sur la pratique clinique pour un contrôle amélioré de la douleur. Ceci peut avoir mené à des prescriptions plus larges pour les douleurs chroniques entraînant la disponibilité accrue des opioïdes et le marketing accru des opioïdes. La naloxone est une drogue thérapeutique utilisée pour le renversement de surdose d’opioïdes utilisée à l’heure actuelle par les premiers intervenants et les hôpitaux. Globalement, la distribution de naloxone et les programmes de formation ont fait la preuve de leur efficacité pour réduire la mortalité liée aux opioïdes.

    Coe, M.A. et Walsh, S.L., (2015), Distribution of naloxone for overdose prevention to chronic pain patients, Preventative Medicine, 80:41-43.

  4. Risque perçu de surdose d’opiacés

    Contexte

    À l’échelle mondiale, l’utilisation d’opiacés est en hausse. On estime que la dépendance aux opiacés est le plus important contributeur au fardeau mondial de maladies liées à la dépendance aux drogues. Aux États-Unis, plus de 25 millions de personnes ont commencé à consommer des opiacés non médicaux entre 2002 et 2011. Pendant cette période de temps, le taux de mortalité par empoisonnement aux drogues a plus que doublé.

    Méthode

    Les auteurs ont questionné 172 consommateurs d’opiacés à San Francisco pour évaluer les indicateurs de perception du risque d’une surdose d’opioïdes.

    Constatations

    • Il était moins probable que les personnes plus âgées et celles qui s’injectaient des drogues plus fréquemment étaient personnellement à risque élevé de surdose d’opiacés. Toutefois, les études indiquent qu’en fait, il est plus probable que les personnes plus âgées décèdent d’une surdose.
    • Il était moins probable que les personnes qui s’injectaient plus fréquemment se percevaient personnellement à risque élevé de surdose.
    • Il est intéressant de noter que bien que l’usage simultané d’opiacés et d’alcool ait été associé à un risque élevé perçu de surdose, l’usage simultané d’opiacés et de benzodiazépines ou de cocaïne ne l’était pas. Toutefois, des recherches antérieures démontrent que l’usage simultané de ces substances est lié à la surdose d’opioïdes.
    • Les participants qui avaient fait l’expérience d’une surdose par le passé, utilisaient de l’héroïne et des opiacés mêlés et de l’alcool plus fréquemment et il était plus probable qu’ils se percevaient à risque élevé de surdose. Cette constatation correspond aux études qui démontrent que des surdoses précédentes étaient le plus grand indicateur de surdose et de décès par surdose.
    • Il était plus probable que les participants VHC positifs se percevaient à risque élevé de surdose. Toutefois, on n’a pas noté cette association parmi les participants VHC positifs malgré les risques. Ceci suggère un écart entre la perception des risques parmi cette population particulière.

    Conclusion

    Il y a des lacunes de sensibilisation entre les facteurs réels de risque de surdose et le risque perçu de surdose parmi les utilisateurs d’opiacés. Les auteurs soulignent la nécessité des interventions éducatives.

    Rowena, C., Santos, G.M., Behar, E. et Coffin P.O., (2016), Correlates of overdose risk perception among illicit opioid users, Drug and Alcohol Dependence, 159: 234-239.

     

  5. Le VHC parmi les personnes qui s’injectent des drogues dans le secteur rural de Puerto Rico

    Contexte

    Même si nous savons que les différences microbiennes entre le VIH et le VHC ont un impact sur leur prévalence, la façon dont les drogues sont obtenues et consommées peut aussi avoir une incidence sur la prévalence. Des études récentes démontrent que Puerto Rico a un des taux de prévalence de VHC les plus élevés au monde.

    But

    Les auteurs ont étudié les facteurs de risques de 315 personnes du secteur rural à Puerto Rico qui s’injectaient des drogues et ont aussi comparé les comportements des participants VHC positifs et VHC négatifs.

    Méthode

    Les tests INSTI Rapid HIV et OraQuick Rapid ont été utilisés pour déterminer le statut VIH et VHC. Des données supplémentaires ont été recueillies par le biais de questionnaires.

    Constatations

    • Plus des trois quarts (78,4 %) des participants étaient VHC positifs et un nombre considérablement plus faible (6,0 %) était VIH positif.
    • Toutes les personnes VIH positives étaient aussi infectées par le VHC.
    • Tant les participants VHC positifs que les participants VHC négatifs ont rapporté la même fréquence de consommation de drogues par injection au cours de la dernière année.
    • Chaque personne supplémentaire avait utilisé du matériel avant que le participant soit associé à une augmentation de 18 % des probabilités d’être VHC +positif.
    • La fréquence des injections à l’aide d’un chauffoir usagé était deux fois aussi courante que l’injection avec une seringue usagée.

    Caractéristiques HCV + (positif)

    • 3 années plus vieux (que VHC négatif)
    • A commencé à s’injecter à un âge plus jeune (20,7 comparativement à 26,3)
    • S’est injecté pendant 9,4 plus d’années que le groupe VHC négatif
    • Utilisait des chauffoirs, des tiges et de l’eau après une moyenne de 2 personnes ou plus

    Conclusion

    Ceci ajoute à la recherche en cours qui démontre qu’une portion notable des infections par VHC est attribuable au partage des chauffoirs ou des tiges.

    Abadie, R., Welch-Lazoritz, M., Gelepi-Acosta, C., Reyes, J.C. et Dombrowski, K., (2016), Understanding differences in HIV/HCV prevalence according to differentiated risk behaviors in a sample of PWID in rural Puerto Rico, Harm Reduction Journal, 13:10-13.

  6. Désindustrialisation et risque de surdose

    Contexte

    « En 2013, plus d’Américains sont morts de surdoses que dans des accidents d’auto » – Hilary Clinton en 2015 sur le besoin croissant de s’occuper de l’épidémie des surdoses de drogues.

    • Les drogues de type opiacé ou opioïde sont associées à une proportion croissante de décès par surdose – de plus de 38 % en 2004 à tout juste moins de 52 % en 2013 aux États-Unis.
    • La croissance initiale de la mortalité était due à une augmentation d’abus d’opioïdes sur ordonnance, mais des données plus récentes démontrent que l’usage de l’héroïne a gagné en popularité en partie à cause des tentatives de contrôler le mauvais usage des médicaments sur ordonnance.
    • En 2008, l’héroïne représentait approximativement 30 % des décès par surdose. En 2014, l’héroïne comptait pour 61 %, rendant cette substance la plus prévalente liée aux décès par surdose.
    • Une recherche récente a évalué la façon dont la dynamique changeante du marché des drogues illégales aux États-Unis a augmenté le risque de surdose dans des endroits nouvellement approvisionnés en héroïne colombienne moins chère et plus puissante.

    Cadre de l’étude

    • De petites villes à travers la Vallée de la rivière Monongahela ont perdu « 90 pour cent de tout » – les résidents, les emplois et les entreprises – au cours des trois dernières décennies
    • Selon le médecin examinateur du comté d’Allegheny, les surdoses fatales ont presque triplé de 2000 à 2014, passant de 109 à 307.
    • Les données sur la mortalité au niveau des cas du comté d’Allegheny démontrent une association spatiale évidente entre les surdoses mortelles et la pauvreté, alors que les taux de décès les plus élevés étaient groupés dans les communautés désindustrialisées de la région et dans les quartiers du centre-ville de Pittsburgh.

    Environnement de risque = « espace – que ce soit social ou physique – à l’intérieur duquel une variété de facteurs interagissent pour augmenter les chances de production de méfaits » (Rhodes, 2009).

    Approche

    Dans un sondage, les participants ont décrit leur incident le plus récent de surdose et/ou la dernière surdose dont ils ont personnellement été témoins. On leur a aussi demandé de donner des hypothèses sur les racines de l’épidémie locale de surdoses, tout en suggérant des remèdes possibles.

    Constatations

    • Les participants percevaient les surdoses et la dépendance comme partie intégrante de la vie dans une ville pauvre.
    • Les participants n’avaient pas accès à une éducation en prévention ni à la naloxone gratuite (pour traiter les surdoses) du programme d’échange de seringues du comté à cause des obstacles de transport.
    • Plusieurs participants vendaient de l’héroïne afin de soutenir leur propre consommation de drogues et plusieurs avaient peur des conséquences criminelles causées par un acheteur qui ferait une surdose mortelle.

    Conclusion

    Les auteurs suggèrent que la voie de la consommation de la drogue est modélisée par un contexte désindustrialisé. L’absence de possibilité, de soutien social et d’espoir est jumelée à un marché de drogues illégales qui offre tant de l’emploi que du divertissement. À cause de ceci, les décideurs politiques devraient être au courant des facteurs sous-jacents et au moment de leur conception, les interventions futures pour les surdoses devraient tenir compte du fait que les risques liés aux drogues sont complexes et multidimensionnels et que des programmes accessibles sont nécessaires pour les personnes à faible revenu ou sans revenu.

    McLean, K., (2015), There’s nothing here: Deindustrialization as risk environment for overdose, International Journal of Drug Policy, Vol. 29, pp. 19-26.

    Rhodes, T., (2009), Risk environments and drug harms: A social science for harm reduction approach, International Journal of Drug Policy, 20: 193–201.

  7. Recommandations pour la gestion de l’infection par le VHC

    Contexte

    • L’infection par le virus de l’hépatite C (VHC) dans les pays à revenu élevé varie de 50 % à 80% parmi les personnes qui consomment des drogues par injection et des épidémies commencent aussi à émerger dans les pays à revenu moyen et à faible revenu parmi les populations de personnes qui consomment des drogues par injection.
    • Parmi les personnes qui s’injectent des drogues, les taux de complications graves au foie liés aux coûts de soins de santé connexes, et la morbidité et mortalité connexes au foie sont en hausse.
    • Malgré le fardeau accru des maladies du foie, la participation au traitement et l’achèvement du traitement restent très faibles.

    Approche

    Les auteurs font des recommandations basées sur la recherche scientifique et l’opinion des spécialistes, qui sont mises à jour pour s’harmoniser avec les lignes directrices internationales.

    Résumé de certaines recommandations :

    Impact de la consommation de drogues sur l’observance du traitement et le taux de réponse virologique soutenue au traitement (RVS) 

    Si une personne reçoit approximativement 80 % des traitements prévus, en général, on considère qu’elle adhère à la thérapie pour le VHC. Toutefois, ceci ne fait pas la distinction entre les doses manquées et l’arrêt du traitement.

    De plus, les études ont relevé qu’un niveau d’éducation plus faible et le logement instable sont liés à l’adhésion et à l’achèvement du traitement. D’autres facteurs liés à la RVS parmi les personnes qui s’injectent des drogues incluent le médiocre fonctionnement social, un historique de dépression non traitée et la consommation continue de drogues pendant le traitement.

    • Les évaluations de l’adhésion devraient tenir compte des doses manquées et de l’interruption du traitement
    • Il faudrait faire du counselling auprès des personnes pour leur expliquer l’importance de l’adhésion pour atteindre un taux de RVS
    • Un historique des consommateurs de drogues injectables et une consommation récente de drogues au début du traitement ne sont pas liés à une RVS et les décisions de procéder au traitement devraient être prises au cas par cas
    • Les personnes ayant des problèmes sociaux continus, un historique de maladie psychiatrique et les personnes consommant des drogues plus fréquemment pendant la thérapie sont à risque de plus faible adhésion et de RVS et devraient être étroitement surveillées

    Recommandations pour la gestion du traitement

    Plusieurs modèles ont démontré que le traitement du VHC peut être effectué avec succès pour les consommateurs de drogues injectables que ce soit à l’intérieur d’un hôpital général, d’une clinique de désintoxication, d’une clinique de traitement de substitution aux opiacés, d’une prison ou d’une clinique communautaire.

    • Les traitements du VHC pour les consommateurs de drogues par injection devraient être évalués au cas par cas et offerts par une équipe multidisciplinaire
    • L’accès à des programmes de réduction des méfaits, à de services sociaux et à des soutiens sociaux devrait être une composante de la gestion clinique du VHC
    • Il faudrait évaluer le soutien par les pairs pour améliorer la gestion clinique du VHC

    Conclusions

    Même s’il y a un certain nombre d’obstacles pour les soins des personnes qui s’injectent des drogues, la recherche a démontré que le traitement du virus de l’hépatite C (VHC)  est sécuritaire et efficace. L’amélioration des stratégies d’évaluation et de traitement du VHC est grandement nécessaire à cause du fardeau de la maladie liée au VHC.

    Grebely, J.A., Robaeys, G., Bruggmann, P., Aghemo, A, Backmund, M.et Bruneau, J., (2015),

    Recommendations for the management of hepatitis C virus infection among people who inject drugs, International Journal of Drug Policy, Vol. 26, pp. 1028-1039.

  8. Évaluer le lien entre la consommation d’héroïne et de stéroïdes

    Contexte

    Les stéroïdes, adéquatement appelés stéroïdes anabolisants androgènes (SAA) sont des drogues couramment utilisées chez certaines populations de jeunes hommes. Plusieurs études ont constaté une association entre les drogues illicites, comme l’héroïne et d’autres opiacés, et l’utilisation des stéroïdes. Plusieurs explications sont possibles justifier pour le lien entre l’utilisation des stéroïdes et la consommation de drogues illicites :

    • a) les deux peuvent être liées à la criminalité et à la dépravation;
    • b) l’héroïne peut provoquer l’arrêt de sécrétion des hormones qui entraîne une diminution de la testostérone, qui peut prédisposer une personne à un remplacement par l’entremise des SAA (stéroïdes);
    • c) les deux peuvent partager des sentiers nerveux à la recherche de plaisir, qui pourraient expliquer la raison des constatations identifiant une prévalence élevée de consommateurs d’opiacés dans un groupe d’utilisateurs de stéroïdes qui a des caractéristiques de dépendance en comparaison d’un groupe d’utilisateurs de stéroïdes qui ne démontre pas de caractéristique de dépendance; et
    • d) une association entre la consommation d’héroïne et de stéroïdes (SAA) peut être attribuable aux contextes culturels.

    Approche

    Dans une zone urbaine du nord-est de l’Angleterre, les auteurs ont utilisé plusieurs groupes de réflexion (total de 30 participants) pour étudier les aspects socioculturels des liens entre la consommation de stéroïdes (SAA) et la consommation de stéroïdes et d’héroïne.

    Constatations

    • Les participants, y compris les consommateurs d’héroïne, percevaient l’utilisation de l’héroïne en jugeant qu’elle était liée à beaucoup de stigmatismes.

    Camouflage de la perte de poids

    • À cause de l’association de la consommation d’héroïne à la perte de poids, les participants liaient le sevrage de l’héroïne à la prise de poids. Ils ont affirmé que la récupération impliquait la cessation de la consommation d’héroïne, l’assiduité au gymnase, l’augmentation de l’appétit et la prise de poids et le développement des muscles. Un participant a expliqué qu’il utilisait les stéroïdes en partie pour faire croire à sa famille qu’il était en sevrage d’héroïne.

    Fins d’intimidation

    • Plusieurs participants pensaient qu’afin de bien fonctionner dans leur environnement social (p. ex., vendeur de drogues ou autres rôles), ils avaient besoin de stéroïdes dans le but de faire de l’intimidation. La force accrue et la grosseur physique accrue aidaient les consommateurs d’héroïne à bien fonctionner à l’intérieur de leur contexte social. Les participants ont affirmé qu’ils utilisaient des stéroïdes tant pour des fins d’intimidation que pour progresser à être des vendeurs de drogues plus efficaces.
    • Les participants qui avaient fait un séjour en prison ont dit que les possibilités limitées de faire d’autres choses et l’ennui contribuaient à l’accent qu’ils plaçaient sur la croissance de leur grosseur et de leur force.

    D’autres études ont aussi noté que les stéroïdes étaient utilisés pour des raisons telles que « se sentir brave » et comme tentative de cacher les effets de l’héroïne.

    Conclusion

    Des raisons socioculturelles importantes expliquent l’association entre la consommation d’héroïne et de SAA, qui incluent la nécessité de fonctionner à travers l’intimidation et de cacher le stigmatisme lié à la consommation d’héroïne. Il est important de noter que la plupart des utilisateurs de stéroïdes ne consomment pas d’héroïne et que la plupart des consommateurs d’héroïne n’utilisent pas de stéroïdes. D’autres recherches pourraient placer l’accent sur la détermination des consommateurs d’héroïne qui sont à risque d’utiliser des stéroïdes et pour cette population, déterminer aussi les personnes à risque plus élevé de développer une dépendance aux stéroïdes.

    Cornforda, C.S., Keanb, J. et Nash, A., (2014), Anabolic–androgenic steroids and heroin use: A qualitative study exploring the connection, Journal of International Drug Policy, Vol. 25, Édition 5, pp. 928-930.

  9. Comportements d’injection à risque après le traitement du virus de l’hépatite C en Australie

    Contexte

    La prévalence de l’infection par le virus de l’hépatite C (VHC) est élevée parmi les personnes qui s’injectent des drogues et constitue une cause importante de morbidité et de mortalité parmi cette population. À cause des inquiétudes voulant que le traitement du VHC puisse augmenter les comportements d’injection à risque parmi les personnes qui s’injectent des drogues, les auteurs ont comparé les comportements d’injection à risque (dans le dernier mois) entre des personnes qui s’injectent des drogues qui ont reçu un traitement pour le VHC et des personnes qui n’ont pas reçu de traitement pour le VHC.

    Constatations

    • Des 124 participants australiens qui ont un historique de consommation de drogues par injection, 69 % étaient des hommes et 68 % étaient traités pour infection par le VHC.
    • Le traitement n’était pas associé à une augmentation de la consommation récente de drogues par injection (ratio de probabilité ajusté (rpa) 1,06, 95 % IC 0,93, 1,21). Ceci correspond aux constatations d’une étude précédente.
    • Le traitement du VHC n’était pas associé à l’emprunt récent de seringues usagées (rpa 0,99, 95 % IC 0,89, 1,08).
    • Le traitement était associé à une diminution du partage récent de matériel d’injection auxiliaire (rpa 0,85, 95 % IC 0,74, 0,99). Ces données sont importantes étant donné que le partage du matériel contribue à la transmission du VHC.
    • Même si l’échantillon était petit, les 24 participants qui sont restés pendant le suivi (24 semaines) ont démontré une diminution importante du partage du matériel d’injection pendant le suivi. Ceci est intéressant à noter parce que les effets secondaires du sevrage des opioïdes liés à la thérapie par interféron, qui constituent une préoccupation pour certains médecins (ces derniers s’inquiètent que le traitement pourrait mener à une rechute ou à une augmentation de la consommation de drogues).

    Conclusion

    L’évaluation et le traitement subséquent du virus de l’hépatite C pour les personnes qui s’injectent des drogues devrait être amélioré à cause de son efficacité à démonter qu’il ne mène pas à une augmentation des comportements d’injection à risque et qu’on a déjà prouvé qu’il est sécuritaire et efficace pour les populations qui s’injectent des drogues.

    Alavi, M.,  Spelman, T.,  et Matthews, G.V., (2015), Injecting risk behaviours following treatment for hepatitis C virus infection among people who inject drugs: The Australian Trial in Acute Hepatitis C, International Journal of Drug Policy, Vol. 26, Édition 10, pp. 976-983.

  10. Coût-efficacité des stratégies de réduction des méfaits

    Contexte

    Les fournisseurs de soins de santé et les gouvernements à travers la planète sont confrontés à la tâche urgente d’améliorer les résultats pour la santé des personnes qui s’injectent des drogues, plus précisément de tenter de réduire les taux croissants de la transmission du VIH et du VHC.

    Approche

    Les auteurs évaluent les programmes d’échange de seringues (PES), les thérapies de substitution aux opiacés (TSO) et les traitements antirétroviraux (TAR) séparément et ensuite en combinaison.

    Constatations

    Efficacité et coût-efficacité des programmes d’échange de seringues (PES)

    • Les PES sont en général les solutions les moins coûteuses s’élevant à 23 $ – 71 $ (US) par personne par année. Cette variation de coût dépend de la région du monde et du mode de prestation (p. ex., pharmacies, distribution mobile).

    Efficacité et coût-efficacité des thérapies de substitution aux opiacés (TSO)

    • La TSO est une intervention structurale qui comporte d’autres avantages sociétaux. Même si elle est plus coûteuse que les PES, les avantages les plus importants sont liés à la réduction du nombre et de la gravité des rechutes à cause de la consommation d’opiacés ainsi que des taux plus faibles d’activités criminelles et d’emprisonnement en raison de crimes liés aux drogues. Les TSO sont particulièrement plus efficaces au niveau des coûts lorsque ces derniers facteurs sont inclus dans les analyses économiques.

    Efficacité et coût-efficacité des traitements antirétroviraux (TAR)

    • Plusieurs études ont démontré que les TAR sont efficaces au niveau des coûts tant pour garder les personnes en vie que pour fournir des avantages de prévention.
    • Une étude réalisée en Russie a démontré que le TAR coûterait approximativement 1 501 $ (US) par QALY (année de vie ajustée par sa qualité) obtenue lorsque les personnes qui s’injectent des drogues sont ciblées. C’est considéré une bonne valeur pour l’argent.
    • On s’attend à ce que les coûts des TAR baissent d’ici 2020.

    Efficacité et coût-efficacité des stratégies de combinaison

    • Des stratégies exhaustives semblent être une meilleure approche parce qu’en général, aucune stratégie unique de réduction des méfaits n’est suffisante.
    • La recherche démontre que les programmes d’échange de seringues, les thérapies de substitution aux opiacés et les traitements antirétroviraux ensemble ont démontré leur efficacité pour réduire la dépendance aux drogues, réduire le partage du matériel d’injection, améliorer la qualité de vie et éviter les infections au VIH.
    • Globalement, le coût unitaire des interventions de réduction des méfaits est faible, mais il peut varier si on se base sur le type de prestataire, le modèle de prestation et la région.

    Conclusion

    Les interventions de réduction des méfaits constituent une bonne valeur pour l’argent investi et améliorent les résultats pour la santé des personnes qui s’injectent des drogues ainsi que la population plus large. À l’heure actuelle, la couverture des programmes de réduction des méfaits est trop faible à travers presque toutes les régions du monde. Même si l’élargissement des programmes est une mesure coûteuse, cela vaut la peine non seulement pour les avantages sociétaux, mais aussi pour le rendement du capital investi pour les gouvernements.

    Wilson, D.P., Donald, B., Shattock, A.J., Wilson, D. et Fraser-Hunt, N., (2015), The cost-effectiveness of harm reduction, International Journal of Drug Policy, Vol. 26, pp. S5-S11.